Entendre et comprendre la parole

)La presbyacousie est le vieillissement de la fonction auditive. Phénomène naturel, il est cependant variable dans son âge de survenue et ses retentissements sociaux. Lorsque la presbyacousie s’associe à la baisse des autres fonctions neurophysiologiques telles que la mémoire, l’attention, elle participe grandement à la dégradation des fonctions supérieures et semble favoriser la survenue et/ou l’évolution négative d’une maladie d’Alzheimer.

Les difficultés des personnes presbyacousiques reposent non pas sur leurs capacités à entendre le monde sonore en général, mais les sons de la parole en particulier.

En effet, leur perte auditive prédomine sur les fréquences aiguës, tandis que les fréquences graves sont très longtemps préservées.

Ainsi, les difficultés du traitement de la parole par un presbyacousique sont liées à différents éléments :

-       L’incapacité à percevoir les sons aigus (2000/3000 et 4000 Hz) à faible intensité entraîne une diminution de l’intelligibilité (portée par les consonnes)

-       Ce phénomène est encore plus marqué en milieu bruyant où le bruit de fond représente un effet de masque, d’autant plus quand ce bruit de fond est la parole humaine

-       L’allongement du temps de traitement des informations sonores entraîne des pertes d’information avec difficultés pour comprendre le message du locuteur (l’audition normale permet un traitement de 5 syllabes/seconde)

L'impact négatif de la presbyacousie sur la qualité de vie peut s'observer via les conséquences cognitives, émotionnelles, comportementales et relationnelles (vie conjugale, entourage). La surdité constitue un facteur de risque important et modifiable de la démence. La réhabilitation auditive a montré son efficacité dans l'amélioration des fonctions supérieures et de la qualité de vie. Pour cela, l'appareillage auditif doit être accompagné d'entraînements auditifs et cognitifs, et un parcours de soins multidisciplinaire, avec notamment le soutien orthophonique, doit être organisé.

L'appareillage auditif du sujet âgé doit non seulement prendre compte la situation auditive (degré de perte, profil audiométrique, dynamique), mais également le profil du patient fondé sur son niveau socioculturel, ses exigences, ses capacités motrices et cognitives et son entourage. Cette vision globale permet de définir des profils types (seniors actifs, seniors sédentaires et personnes très fragiles) et d'orienter les objectifs de l'appareillage en termes de complexité des réglages et des fonctions.

La prise en charge orthophonique est cruciale dans les surdités liées à l'âge et doit être systématique. Différents axes sont utilisés et adaptés à chaque cas : guidance, information et motivation du patient, développement des stratégies de communication, entraînement auditif, lecture labiale, rééducation neurocognitive et, enfin, conservation de la voix et de la parole.

La prévention de la presbyacousie doit débuter dès l'enfance et passe par une sensibilisation des patients et des différents acteurs (médecins généralistes, employeurs, parents et entourage). Les trois principaux facteurs pouvant aggraver la surdité liée à l'âge sont les substances ototoxiques, les pathologies de l'oreille et surtout l'exposition au bruit. La prévention primaire par des mesures de protection auditive dans les populations à risque reste actuellement l'outil le plus efficace. Des traitements pharmacologiques préventifs sont en cours d'essai avec des résultats inconstants. Quant aux traitements régénératifs, notamment des synapses, même si la transposition à l'homme en soins courants ne se fera sans doute pas avant quelques années, les différentes études montrent des résultats prometteurs.

Un outil pour expliquer la différence entre entendre et comprendre: le livre “Entendre, comment ça marche ?”

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