Notre propre voix : à la fois étrangère et familière

Nous percevons notre propre voix dans le même temps que nous la produisons. Il s’agit de la voix que nous connaissons le mieux, et que, grâce au contrôle audio-phonatoire, nous produisons de manière stable sur le plan acoustique.

Pourtant, lorsque nous entendons un enregistrement de notre propre voix, cette expérience est déstabilisatrice et souvent désagréable.

A quoi est dû cette différence de perception de notre propre voix ?

Au fait que lorsque nous entendons une voix enregistrée (la nôtre ou celle d’une autre personne), le son est conduit à notre oreille interne uniquement par voie aérienne, alors que notre propre voix nous parvient, au moment où nous la produisons, par voie aérienne et osseuse (qui favorise la perception des fréquences graves contenues dans notre voix). Ainsi, notre voix nous parvient plus grave (quand nous la produisons) qu’elle ne l’est en réalité, d’où l’expérience d’étrangeté quand nous entendons notre voix enregistrée.

 A quoi est dû notre réaction négative?

D’une manière générale, les personnes entendant leur voix enregistrée passent par différentes  phases psychologiques:

•       Le sujet perçoit un écart entre ce qu’il a entendu et ce qu'il s'attendait à entendre

•       La prise de conscience de cet écart s’accompagne d’une réaction affective le plus souvent négative (« ce n’est pas moi! »)

•       Le sujet identifie les caractéristiques acoustiques de la voix qui lui semblent anormales ou singulières (« elle est trop aiguë! »)

•       Le sujet interprète l’étrangeté ressentie comme un conflit personnel exprimé dans la voix (« je ressemble à ma mère...»)

•       Le sujet accepte progressivement la voix et rapidement le conflit ressenti s'amenuise

La perception de notre propre voix est une expérience perturbatrice qui mobilise un comportement défensif :  le sujet ferait l’expérience de ce qui est non familier dans sa voix ( par le décalage entre les propriétés acoustiques de sa voix naturelle et celles de sa voix enregistrée) mais aussi de ce quelque chose de très familier contenu dans sa voix. La confrontation à sa voix « externalisée » amènerait le sujet à prendre momentanément conscience et de manière inattendue, des aspects de son état affectif contenus dans sa voix.

La confrontation à un enregistrement de notre propre voix nous donne l'occasion de nous entendre tel que les autres nous entendent, et ainsi de prendre conscience d’un certain nombre d’aspects de nous-mêmes rendus inconscients par les processus de rétro-contrôle de la production vocale.

Se familiariser avec notre voix « externalisée »

Avoir l’habitude d’écouter sa propre voix « enregistrée » permet de se familiariser avec elle et d’augmenter notre capacité à la reconnaître !

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