Les différents seuils auditifs
Le seuil auditif correspond à la valeur minimale de pression acoustique à l’origine d’une perception auditive. Cependant, en fonction de l’opération cognitive dans laquelle l’audition est impliquée, différents seuils peuvent être définis .
- Seuil de détection
Intensité à partir de laquelle la personne peut faire la différence entre la présence et l’absence de son. Le niveau d’émergence est de 0 dB : le seuil de détection correspond au seuil auditif (« j’ai entendu quelque chose »)
- Seuil de discrimination
Intensité à partir de laquelle on peut différencier les sons forts des sons faibles, les sons graves des sons aigus, les rythmes… Le niveau d’émergence est de 10 à 15 dB : le niveau sonore doit être de 10 à 15 dB au-dessus du seuil auditif pour que la personne testée puisse non seulement détecter le son, mais également percevoir ses caractéristiques physiques (« j’ai entendu quelque chose : c’est grave, fort et discontinu »)
- Seuil de reconnaissance
Intensité à partir de laquelle la personne peut reconnaître un son comme étant de la voix, de la parole, un son de moteur ou de tout autre objet… Le niveau d’émergence est de 20 à 25 dB : le niveau sonore doit être de 20 à 25 dB au-dessus du seuil auditif pour que la personne testée puisse non seulement détecter le son et percevoir ses caractéristiques physiques, mais aussi le reconnaître (« j’ai entendu quelque chose : c’est grave, fort et discontinu, c’est de la voix »)
- Seuil d’identification
Intensité à partir de laquelle la personne peut identifier précisément le son entendu. C’est le processus final de l’audition, le plus élaboré, qui met en œuvre la mémoire et les différents processus neurophysiologiques. Le seuil d’émergence est de 30 à 35 dB (« j’ai entendu quelque chose : c’est grave, fort et discontinu, c’est la voix de mon père »).
- Seuil de mémorisation
Les stimuli sonores provenant de l’environnement sont perçus par le système sensoriel auditif et adressés passivement à la mémoire à court terme : en fonction de l’attention, de la vigilance, ces informations vont être traitées par la mémoire de travail, afin d’être encodées, stockées et/ou être à l’origine d’une réponse adaptée. Le seuil de mémorisation correspond à l’intensité à partir de laquelle la personne peut stocker sans effort le son entendu dans sa mémoire de travail : le seuil d’émergence doit être de 40 dB au-dessus du seuil.
- Seuil d’apprentissage
Les informations stockées dans la mémoire à court terme vont faire l’objet de différents traitements (planification, encodage, inhibition…) avant d’être stockées dans la mémoire à long terme pour être mises à disposition notamment des apprentissages. Ces opérations se font sans surcharge cognitive lorsque le niveau d’émergence du stimulus sonore est à 45-50 dB au-dessus du seuil auditif. Lorsque le stimulus sonore est mal perçu (niveau d’émergence insuffisant), la surcharge cognitive nécessaire pour réaliser les différentes étapes du traitement cognitif et de la mémorisation rend difficiles les apprentissages.
En fonction des activités cognitives basées sur la perception auditive, les niveaux nécessaires d’émergence du son diffèrent : lorsque l’audition du sujet est normale (seuil de détection à 0db), le niveau d’émergence de la stimulation sonore doit être à environ 50 dB au-dessus de ce seuil pour que les apprentissages basés sur cette stimulation se fassent sans surcharge cognitive.
Si le seuil de détection est plus élevé (cas des surdités), la stimulation sonore n’atteint pas forcément l’intensité nécessaire pour déclencher les processus à l’origine de la compréhension du message, de son encodage, de sa mémorisation à long terme et de sa récupération.
La connaissance de ces différents seuils permet de comprendre pourquoi l’évocation d’une surdité chez un enfant peut être difficile pour son entourage : son seuil de détection lui permet de réagir à certains stimuli de son environnement ( avec des réactions au monde sonore notées par l’entourage ), mais son développement langagier peut être entravé et les apprentissages difficiles. Ceci explique également la plus grande fatigabilité des enfants présentant une surdité même peu profonde.
Pour en savoir plus… Entendre, comment ça marche ?